3. Retour sur les bancs de l'école (mais pas celle qu'il faut)

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3. Retour sur les bancs de l'école (mais pas celle qu'il faut)

Il y a cent cinquante ans, les adultes se soulevèrent contre le travail des enfants. En effet, ils représentaient une main d’œuvre bon marché et privaient les adultes de nombreux emplois.

Certes, il y avait des gens que l'idée d'un enfant de sept ans perdant un doigt dans l'engrenage d'une machine ou se faisant battre par un contremaître indignait, mais l'argument économique était prédominant. Les propriétaires des usines jurèrent que la perte des travailleurs mineurs signerait l'arrêt de mort de leurs secteurs d'activité respectifs et firent tout leur possible pour que le travail des enfants reste légal. Ils n'avaient pas les moyens, disaient-ils, d'embaucher des adultes. L'éducation obligatoire ne fut imposée sur l'ensemble du territoire des États-Unis qu'en 1918.

Le principal argument qui aida à convaincre les industriels de la nécessité d'un tel bouleversement fut l'idée que l'éducation préparerait les enfants à être des travailleurs plus dociles et productifs. Notre système actuel, qui enseigne aux enfants à s'asseoir en rangées bien droites et à obéir à des consignes, n'est pas le fruit du hasard : il fut créé pour assurer notre avenir économique. La stratégie était des plus simples : au lieu de bénéficier à court terme de travailleurs bon marché, l'on s'assurait à long terme de disposer de travailleurs productifs en enseignant dès leur plus jeune âge aux enfants à obéir aux ordres.

L'éducation universelle n'a pas été inventée dans le but de motiver les enfants ou de faire d'eux des puits de science. Elle a été créée pour produire des adultes qui travaillent bien et s’intègrent au système sans faire de vagues. La quantité était plus importante que la qualité, ce qui s'accordait bien avec la manière de penser de la plupart des capitaines d'industrie.

On peut dire que ces objectifs furent atteints : l'école fabriqua de nombreuses générations de travailleurs productifs et qui n'eurent pas trop de mal à trouver du travail.

Michael Spence, prix Nobel d'économie, effectue une distinction intéressante entre deux types de travail : les emplois qui peuvent être accomplis partout dans le monde (fabrication de voitures, conception de meubles, appels téléphoniques) et ceux qui ne peuvent être délocalisés (tondre le gazon ou faire la cuisine). L'on comprend aisément l'importance qu'a pour l'économie d'un pays la création d'emplois appartenant à la première catégorie.

Malheureusement, Spence rapporte qu'entre 1990 et 2008, l'économie américaine n'a créé que 600 000 emplois non délocalisables.

Si votre travail consiste seulement à suivre des consignes, l'on trouvera bien assez tôt quelqu'un disposé à prendre votre place pour un salaire moindre. Pourtant, notre système scolaire s'entête à produire des élèves dont les seules perspectives d'emploi sont de chercher un travail consistant à suivre à la lettre les consignes d'un chef.

Saisissez-vous toute l'ampleur du problème ? Chaque année, nous produisons des millions de travailleurs entraînés à travailler comme en 1925.

Ce compromis (remplacer le travail des enfants par une éducation qui garantisse leur docilité à l'âge adulte) nous entraîne à une course vers l'abîme. Certaines personnes soutiennent que nous devons chercher à devenir le pays qui produise le plus aisément et au moindre coût des travailleurs dociles et bon marché qui sachent obéir aux ordres. Même s'il était possible de gagner cette course, nous en sortirions perdants. L'abîme n'est pas un endroit où il fait bon vivre, même pour ceux capables d'y plonger.

Alors que notre pays célèbre la quatre-vingt-treizième année de l'école publique universelle, voici la question que tout parent et tout contribuable doit se poser : allons-nous applaudir, inciter ou même permettre à nos écoles (y compris les plus privées d'entre elles) de poursuivre dans cette voie, facile mais fatale, de production d'ouvriers prévisibles, contrôlables et médiocres ?

Aussi longtemps que nous encouragerons (ou même accepterons) les contrôles de connaissances standardisés, la peur de la science, la quasi absence de tentatives d'enseignement de leadership, et surtout, l'impératif bureaucratique de transformer la sphère éducative elle-même en usine, nous courons droit à la catastrophe.

L'ère de la révolution post-industrielle est arrivée. L'avenir de vos enfants est-il suffisamment important à vos yeux pour que vous vous préoccupiez de les aider à en tirer profit ?

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